Dédales virtuels
par Jean-Jacques Girardot
Dédales virtuels est un ensemble de nouvelles publiées en 2002. L'ouvrage a été couronné par le prix Alain Dorémieux en 2001 et par le Grand prix de l'Imaginaire en 2004. L'ensemble de ces nouvelles se trouve en texte intégral sur ce site web.
L'auteur, Jean-Jacques Girardot, a décidé d'autoriser la publication sur le web en libre accès de son ouvrage. Il autorise ainsi sa copie privée mais conserve les droits d'auteur.
Table des matières
- Préface
- Voyageurs
- L'Éternité, moins la vie
- Sur le seuil
- Gris et amer 1 : Les visiteurs de l'éclipse
- Gris et amer 2 : L'adieu des Étoiles
- L'Humain visible
- L'instant d'éternité
- Simon et Lucie, une romance
- Le Mouton sur le penchant de la colline
- Le Jeu de la Création
PRÉFACE
Rappelons que le Prix Alain Dorémieux, créé à la mémoire de ce grand découvreur de talents, est destiné à récompenser et à encourager des nouvellistes français en leur permettant de publier un premier recueil de leurs œuvres et de bénéficier de possibilités d'édition ultérieure. En 2001, le jury comprenait, outre Alain Jardy — son président — et nous-mêmes, diverses personnalités du monde de la SF française : David Calvo. Thomas Clegg, Jean-Claude Dunyach, Cathy Martin-Le Gat, France-Anne Ruolz et Anne Smulders.
En réalité, Jean-Jacques Girardot n'est pas un nouveau venu dans le paysage des littératures de l'imaginaire : il y a fait une première et brève apparition vers la fin des années 70, avec la publication sur divers supports d'une dizaine de nouvelles, parmi lesquelles L'homme englué (1979), texte assez remarquable pour avoir fait l'objet d'une reprise dans la Grande Anthologie de la Science-Fiction française de Klein, Martel et Herzfeld, parue au Livre de Poche en 1990.
Entre 1980 et 1995, cet ingénieur des Mines, [ancien] directeur du département « Réseaux, Information, Multimédia » de l'École des Mines de Saint-Étienne, s'éloignera du domaine de l'imaginaire pour poursuivre sa carrière professionnelle. Mais en 1995, il s'aperçoit en explorant l'Internet naissant que si beaucoup de sites américains sont consacrés à la SF anglo-saxonne, l'équivalent n'existe pas pour la SF française. Son site http://sf.emse.fr, [jadis] connu de tous les amateurs, sera le premier à combler cette lacune. Par le biais de cette entreprise, il rencontrera des auteurs, des directeurs de revues et des collectionneurs avisés qui le décideront à reprendre le chemin de l'écriture. Pour notre plus grand bonheur.
Ce que nous offre ici Jean-Jacques Girardot, c'est de la vraie SF. Nous entendons par là une pure illustration de ce que, seule parmi toutes les littératures, la SF peut susciter chez le lecteur : ce vertige de l'esprit confronté aux grandes interrogations sur les perspectives ouvertes dans un futur proche par la science et la technologie modernes. Chacun des textes de ce recueil est centré sur une passionnante question de philosophie, d'éthique ou de psychologie, les trois domaines étant du reste très souvent imbriqués. Le lien avec les domaines scientifiques concernés, qu'il s'agisse de biologie, de physique ou d'informatique, est toujours clairement explicité, et les postulats de base développés de telle sorte que même un profane entrera aisément dans cet univers spéculatif. Les problèmes sont exposés de manière originale et excitante pour l'esprit, comme par exemple dans L'Éternité, moins la vie, où se pose cruellement la question de la définition de l'humain à propos des doubles électroniques, ou encore dans Sur le seuil, qui revisite avec acuité la vieille problématique de la permanence et de la continuité du moi.
Mais n'allez surtout pas croire que Girardot s'enferme dans les sévères bastions de la « hard science ». À aucun moment il ne perd de vue que la SF est avant tout une littérature.
Aussi est-il particulièrement attentif au choix et au traitement de ses personnages. Ces derniers ne sont jamais des héros au sens classique du terme, ni même des types littéraires, et encore moins des stéréotypes. Ce sont le plus souvent des gens ordinaires, même lorsqu'il s'agit de scientifiques de haut niveau ou de spécialistes hyper-qualifiés dans leur domaine. Chose frappante, la plupart d'entre eux sont saisis en « vision subjective », dans leur quotidien le plus trivial, et une grande justesse dans l'analyse de leurs comportements et de leur vie intérieure nous les rend infiniment vivants et attachants. Ils apparaissent au premier abord flottants, indécis, presque falots, comme à la remorqué du destin qui les entraîne. Ce sont aussi des nostalgiques, des sensibles et de grands sentimentaux, d'où un contraste surprenant, dans certains textes, entre la rigueur scientifique et un doux parfum de romance (l'une des nouvelles porte d'ailleurs le titre significatif, bien qu'ironique, de Simon et Lucie, une romance). Les situations ne sont pas sans évoquer, par instants, L'Écume des jours de Vian ou L'Invention de Morel de Bioy Casares.
Mais la romance en général avorte, ou ne dure guère, quand elle ne se transforme pas en cauchemar, car les protagonistes se trouvent très vite confrontés à des situations inédites qui les conduiront dans l'urgence à se dépasser, voire à se transcender, de gré ou de force, pour le meilleur... ou pour le pire. Car ce qui intéresse Girardot, ce ne sont pas les problèmes de société, ni d'environnement, ni même de façon directe les conséquences pour le monde futur des révolutions de l'informatique ou de la génétique. Ce qui le captive, c'est avant tout le vertige de la conscience humaine individuelle jetée dans des labyrinthes tapissés de miroirs déformants, et sommée de retrouver sa voie dans ce dédale où le réel et le virtuel jouent à cache-cache. Les échappées vers les espaces infinis sont rares dans ces textes, et si l'on y regarde de près, toujours subordonnées à la question de la sauvegarde du moi. C'est pourquoi les décors de prédilection de l'auteur, bureaux, cafés, pièces de la maison ou même habitations troglodytiques, sont symboliquement des lieux fermés propices à ces huis-clos de la conscience. Rien pourtant de kafkaïen dans ces métamorphoses : il existe toujours une issue pour donner du sens à l'épreuve.
Comment les personnages retrouvent-il finalement leur équilibre et leur liberté ? Girardot, qui affectionne particulièrement les fins ouvertes, les laisse souvent en suspens au moment crucial du choix. Si bien qu'une fois le livre refermé, le lecteur entend encore l'écho de leurs pas se répercuter à l'infini dans ces dédales virtuels...
Claire & Robert Belmas
Jean-Jacques Girardot
Auteur de Dédales virtuels
Retour au sommaire de Dédales virtuels