L'ÉTERNITÉ, MOINS LA VIE
Avons-nous eu raison de vouloir brûler les étapes ? Ne sommes-nous pas en train de faire une grosse bourde, se demandait Daniel Langston, contemplant l'homme qui lui faisait face.
« Je vous suis reconnaissant d'être venu... »
David Vanden l'interrompit d'un geste. Petit, sec et nerveux, les traits quelconques, il ressemblait, malgré un costume sobre à la coupe impeccable qui avait dû coûter une fortune, davantage à un expert-comptable de deuxième ordre qu'à l'avocat de réputation internationale qu'il était supposé être. Avec ces rides profondes, marquant impitoyablement le visage, l'homme paraissait bien plus vieux que ce terme vague de « soixantaine », dans la fiche qu'on lui avait communiquée, ne le laissait présumer. Une paire de lunettes fine, à la monture cerclée d'or, accentuait encore cette impression. Très néo-quatre-vingt-dix, jugea Daniel, qui n'avait pas rencontré d'individus portant de tels accessoires depuis des années, alors qu'une opération anodine, moins d'une demi-journée en tout, suffisait à corriger la quasi-totalité des problèmes de visions, et permettait d'éviter ce genre de servitude...
« Ça fait partie de mon job. Si votre problème ne m'intéresse pas, mes honoraires pour ce déplacement seront élevés... » Il continua avec un demi-sourire. « Mais si nous tombons d'accord, je vous coûterai bien plus cher encore...
— La raison qui nous a poussés à vous contacter n'est pas ordinaire... »
Naturellement ! On ne s'adressait pas à Vanden pour des motifs ordinaires ! Langston se racla la gorge, se maudissant de la banalité de cette phrase. En tant qu'administrateur principal du Massachussets Institute of Technology, et par là même, habilité à engager la responsabilité financière de l'Institut, il avait la réputation d'être assez timoré lorsqu'il s'agissait d'ouvrir les cordons de la bourse. Vanden, disait-on, se faisait parfois rémunérer au prorata des sommes récupérées par ses clients. Une arme à double tranchant, car le pourcentage n'était probablement pas négligeable. Mais l'enjeu, Langston en avait conscience, était immense, et dépassait largement le cadre de l'Institut. Une décision devait être prise par la justice, qui allait profondément transformer la société, à l'échelle de la planète, et il était essentiel que l'Institut soit l'acteur-clef du débat...
Ses mains étaient devenues moites d'un seul coup. Un effet du stress, une infirmité dont il souffrait depuis toujours. Il s'essuya discrètement contre la toile de son pantalon, se tourna vers Michael Halbach, quêtant un geste de soutien. Mais le responsable du département de biologie moléculaire, qui lors du conseil avait clairement manifesté son opposition à l'intervention prématurée d'éléments extérieurs, demeurait silencieux, se tenant ouvertement hors de la discussion. Selon la grande tradition, les sièges que Langston réservait à ses hôtes étaient confortables, quoique bas et profonds. Le visiteur s'y trouvait englué dans une position d'infériorité dont Langston savait habituellement tirer parti... Pourtant, ces personnes- là étaient spéciales. Halbach se vautrait consciencieusement dans son fauteuil, revendiquant sa position d'observateur, manipulant avec ostentation sa pipe, qu'il aurait par ailleurs été tout à fait politiquement incorrect d'allumer. Au moins leur avait-il jusqu'alors épargné les gargouillis disgracieux qu'il savait si bien utiliser lorsqu'il s'agissait de déstabiliserses interlocuteurs. Son physique de vieux chercheur bourru, légèrement ventru, habillé avec décontraction mais non négligé, dissimulait un politique obstiné plutôt que véritablement subtil, qu'il n'était pas agréable d'avoir contre soi, ce qui était le cas aujourd'hui.
Vanden, au contraire, se tenait droit, presque crispé, en équilibre sur le rebord du siège, comme s'il s'apprêtait à s'en aller dans la minute à venir. Une position, se disait Langston, qui n'augurait rien de bon s'il ne parvenait pas à retenir son attention d'une manière ou d'une autre. Et qu'est-ce qui pouvait bien s'avérer excitant pour un homme qui avait été, disait-on, le médiateur entre le gouvernement et la mafia, lors du grand conflit des années dix ? La mafia en était sortie plus puissante, prétendaient certains, mais d'un autre côté combien de milliers de vies innocentes avaient été épargnées grâce au compromis qu'il avait contribué à établir ?
« Peut-être serait-il plus simple que nous vous présentions d'abord la protagoniste principale de cette affaire... »
Langston orienta le gigantesque écran plat de trente pouces qui occupait toute la partie droite de son bureau afin que tous puissent le consulter. Il ouvrit un tiroir, en sortit trois paires de lunettes, s'excusant :
« C'est un modèle 3-D à polarisation. Pour distinguer le relief, il faut... »
Vanden esquissa un geste de refus.
« Mes propres lunettes ne sont pas seulement des prothèses correctrices. Elles comportent un système de décodage adapté à ce type de matériel... Accessoirement, elles me permettent aussi de rester en contact permanent avec mon cabinet, où que je sois dans le monde. »
Langston tapa quelques commandes sur le petit boîtier de contrôle. L'écran s'illumina, l'image devint nette. C'était comme une fenêtre ouverte sur une autre pièce. Penchée sur un gigantesque bureau encombré de papiers, une femme d'une cinquantaine d'années, vêtue d'une blouse blanche, semblait absorbée dans ses pensées.
« Docteur Palmer ? »
La femme leva les yeux, comme si elle fixait l'objectif d'une caméra.
« Hi, Dan. Hello, Michael. Comment allez-vous ce matin ? »
Elle accompagna ses paroles d'un geste amical de la main.
« Très bien, merci ! Nous avons ici un temps superbe. Docteur Palmer, je voulais vous présenter David Vanden. Monsieur Vanden, vous vous souvenez...
— Hello, Dave ! Naturellement, j'avais pris note de votre visite. Bienvenue dans ce laboratoire à peine plus fou que le reste de la planète... » Elle se tourna vers Daniel. « Avez-vous déjà abordé les divers aspects du problème ?
— Heu... À dire vrai, pas encore. Monsieur Vanden vient juste d'arriver. Il me semblait que les choses seraient plus simples s'il pouvait vous rencontrer d'abord... Simplement... Prendre contact, découvrir votre environnement.
— Bien volontiers. »
L'objectif balaya une vaste pièce encombrée de journaux, revues, bouquins, écrans divers. Une fenêtre largement ouverte donnait sur un parc verdoyant.
« Laissez-moi vous présenter les locaux somptueux mis à ma disposition par l'Institut... »
La caméra pivota pour la suivre, l'escorta tandis qu'elle traversait plusieurs pièces richement meublées, jusqu'à une large porte blanche, anonyme, qu'elle emprunta. Une autre caméra prit le relais. Le décor était celui d'une chambre d'enfant. Couchée sur le grand lit, une petite fille dormait. La femme s'approcha, s'agenouilla, caressa avec tendresse les longs cheveux blonds. La petite fille se tourna doucement, ouvrit les yeux et sourit.
« Ah, bonjour maman... Je rêvais de toi...
Bonjour ma chérie... »
Elle se pencha sur elle, l'embrassa, puis, se tournant vus l'objectif, secoua la main, doigt tendu, en signe de dénégation...
Daniel effleura une touche, coupant l'écran. David Vanden avait l'air perplexe.
« Il s'agit bien du Docteur Helen Palmer, n'est-ce pas ? Il me semble pourtant avoir vu l'annonce de son décès dans les documents que mon cabinet vient de me transmettre...
— Oui c'est bien elle. Mais peut-être y est-il mentionné une autre version, qui parle d'une retraite dans un laboratoire ultra secret... Tout ceci est une longue histoire... »
Daniel soupira.
« L'Institut souhaite que ces informations demeurent confidentielles, pour l'instant en tout cas... Hum... Comment vous résumer la situation... Je pense que vos dossiers font état de la réputation du docteur Palmer. Vous avez dû lire qu'elle a reçu le Turing Award en 2010, pour ses travaux dans le domaine de l'intelligence artificielle. Vous savez également que le Grâce Murray Award lui a été attribué en 2019, à titre posthume, pour l'ensemble de son œuvre. Mais ce qui s'est passé entre ces deux dates est moins bien connu... »
« Maman, j'en ai assez, j'étouffe ! Et j'ai très mal à la tête.
— Encore quelques minutes, ma chérie, nous y sommes presque... »
Helen agita son badge devant le lecteur électromagnétique, murmura son nom en articulant exagérément les syllabes. La minuscule caméra de surveillance, à l'extrémité de la longue tige articulée, vint inspecter l'intérieur du véhicule.
« Que transportez-vous dans ces cartons, Docteur Palmer ? »
Elle reconnut la voix de ce jeune garde — comment s'appelait-il déjà, Tom, Thomas ?
« Rien de très important. Tout un stock de vieilles revues, de bouquins, de CD-ROM, qui encombraient mon appartement, et que la bibliothèque me réclamait à cor et à cri avant les inventaires d'été.
— Parfait. Excusez-moi. Docteur Palmer. Bonne journée. »
Helen se gara tout contre la porte coulissante, à l'arrière du vieux bâtiment qui abritait son laboratoire. Cette entrée servait habituellement aux livraisons. Il y avait une unique caméra, située dans l'angle supérieur gauche. Elle avait calculé que la portière ouverte et trois cartons empilés suffiraient à masquer leur manège.
«Tu as bien compris, répéta-t-elle à voix basse. Tu files à quatre pattes jusqu'au fond du couloir, et tu ne bouges pas, jusqu'à ce que je vienne te chercher... »
Ensuite, avec toutes les mimiques nécessaires, elle transporta les cartons un par un dans le couloir, sortit pour aller garer sa voiture sur le parking, retourna enfin dans son laboratoire, sans oublier de refermer à clef la porte qu'elle avait empruntée.
Le plus délicat était presque fait. Elle passa devant sa fille, lui murmura, sans ralentir son allure :
« Surtout ne bouge pas. Je reviens te chercher. »
Elle pénétra dans son laboratoire, se débarrassa sans hâte excessive de son lourd vêtement d'extérieur, retira le masque, enfila posément sa blouse blanche. Elle établit la connexion sur sa machine, s'authentifia, puis lança l'exécution d'un programme qu'elle avait préparé depuis des semaines. Il lui restait deux minutes pour quitter la pièce, ce qu'elle tenta de faire avec autant de naturel que possible. Dans le couloir, elle poussa un profond soupir, s'accorda une courte pause... Il n'y avait plus maintenant de difficultés à redouter avec la Sécurité. En principe. Mais le plus terrible restait à faire...
Elle revint au laboratoire. Son programme avait désormais pris le contrôle de toutes les caméras de surveillance installées dans le bâtiment. Il envoyait en continu, sur le canal de la sécurité, un flot d'images de synthèse la montrant vaquant à ses occupations habituelles. Le programme interceptait naturellement les codes de commande de la caméra, et savait y répondre, en réalisant des panoramiques et des zooms virtuels.
Elle ajusta son masque avec soin, endossa son épaisse protection, vaporisa quelques bouffées de désinfectant, et retourna chercher sa fille. Jane était à nouveau très faible. L'excitation de ce qu'elle considérait comme une distraction, cette visite au laboratoire de sa mère, était retombée. Quand Helen la souleva pour l'installer sur le fauteuil d'examen, il lui sembla qu'elle avait perdu tout poids, comme une coquille vide. Jane gémit qu'elle avait mal, qu'elle était fatiguée. Elle ouvrit les yeux, pâle lueur dans le visage émacié. Helen effleura la joue de sa fille, et celle-ci saisit le gros gant de ses mains sans force.
« J'aimerais que tu me touches... Ça fait des mois que tu ne me touches plus.
— Je sais, ma chérie. Bientôt... »
Helen se détourna, la gorge serrée, pour s'activer dans les derniers préparatifs.
« Je vais te faire une injection, et tu vas dormir quelques heures. Après l'examen, nous rentrerons à la maison... »
Certains jours, Jane se rebellait. Elle en avait assez des piqûres, des cachets et des examens. Cette fois-ci, elle tendit simplement son bras maigre, aux veines violettes, aux cicatrices innombrables. Avec le temps, Helen était devenue experte. Jane ne sursauta même pas. Helen colla une petite pastille cicatrisante, redescendit la manche. La tête de sa fille glissa sur le côté, sa respiration devint profonde et régulière. Elle dormait.
Helen la contempla un long moment, puis revint s'asseoir devant sa console. Elle murmura les quelques mots destinés à lancer l'exécution du programme sur lequel elle travaillait depuis des mois.
Que pèse une vie humaine ? Quelques instants plus tôt, Jane ne lui avait pas semblé plus lourde qu'une poupée désarticulée. Un pantin, dont la vie ne tenait plus qu'à un fil. Quelle force fallait-il pour rompre un tel fil ? Le geste que devait faire Helen n'aurait pas brisé le plus fin des fils d'une araignée. Elle savait pourtant que c'était le mouvement le plus difficile qu'elle aurait à accomplir au cours de son existence. Son doigt tendu était à quelques centimètres de l'écran. Quand elle le toucherait, Jane mourrait. Quelle volonté pouvait, maintenant, s'opposer au destin ? Et quelle force allait aider sa main à franchir ces quelques centimètres qui séparaient la vie de la mort ?
Jane.
L'enfant improbable de la vieille et sèche scientifique qu'elle était devenue, et de ce jeune stagiaire français qui n'avait passé qu'un été à l'Institut. Egoïste et troublant, beau, venu et reparti...
Jane.
Courant dans le parc, riant devant la tridi, s'absorbant dans un livre, racontant une histoire farfelue, caressant la vieille Mitsie, pleurant, jouant, dormant. Jane, vivant.
Elle pouvait renoncer, et Jane vivrait. Tant bien que mal. Encore quelques jours. Quelques semaines peut-être. Elle pouvait décider d'attendre, et repartir avec elle. Faire semblant, encore et encore. Mentir à nouveau à sa fille, qui — elle en avait maintenant la conscience aiguë — avait depuis longtemps compris la vérité, même si, pour l'instant, la maladie restait officiellement une longue bronchite avec complications.
Parfois, dans ses rêves, Helen voyait sa fille venir à elle, lui demandant :
« Dis maman, est-ce que je vais mourir ? »
Elle savait que rien de ce qu'elle pouvait dire alors n'avait de sens, ni pour elle, ni pour Jane. La mort n'était acceptable que lointaine et imprécise.
Elle contempla l'immense poster — près de trois mètres carrés, cadeau d'un collègue biologiste — qui, depuis plus de vingt ans, occupait le mur situé en face de son bureau, toutes les formules de la chimie organique, du cycle de Krebs à la boucle de rétroaction du sodium, des milliers d'équations, raisonnablement simples, qui, peut-être, détenaient le secret de la vie...
« Joyeux anniversaire, lui avait-il dit — naturellement, ce n'était pas son anniversaire --, et dès que tes ordinateurs sauront faire la même chose, préviens-moi vite, l'informatique commencera à m'intéresser sérieusement ! »
Il était aujourd'hui décédé, et, souvent, elle avait pensé à lui avec tendresse... Avait-il conscience, jadis, de la signification du don immense qu'il lui avait fait ? Probablement pas.
Juste à côté, une image de synthèse, conçue à partir de données issues d'un microscope électronique à interférences, représentait, en fausses couleurs, un long filament replié sur lui-même, amas vert garni de petites pointes, de taches violettes et de protubérances rougeâtres. La souche B6 du virus Ebola était l'une des plus fragiles : détruite par la chaleur vers quatre-vingts degrés, par les ultraviolets, par la plupart des antiseptiques traditionnels, elle ne résistait que quelques minutes en atmosphère desséchée, quelques heures au plus en présence d'humidité. Le virus lui-même avait perdu la virulence de la souche originelle, ou, plus précisément, s'était adapté à son nouveau réservoir : l'homme. Il ne se multipliait que très lentement chez le malade, et des semaines, voire des mois pouvaient s'écouler avant que l'infection ne soit découverte. Même alors, nombre de traitements, similaires, d'ailleurs, à ceux que l'on utilisait contre le sida, s'avéraient efficaces, et procuraient des rémissions pendant des périodes plus ou moins longues. Puis, apparemment lorsque la concentration du virus atteignait un certain seuil au sein de l'organisme, des mutations se produisaient, et, tôt ou tard, une souche de type B2 ou B3 apparaissait. Les heures du malade étaient alors comptées, et les symptômes caractéristiques se révélaient dans toute leur atroce brutalité : vomissements, diarrhées, hémorragies internes et externes. L'organisme semblait vouloir se purger de tous ses fluides corporels, avant de s'éteindre par épuisement ou déshydratation.
Les virus B2 et B3 étaient trop efficaces pour présenter un réel danger pour l'humanité. En Afrique, en Amérique du Sud, lorsqu'un village était contaminé, il suffisait de quelques jours pour que, avec la disparition totale de la population, tout danger soit écarté. Mais la souche B6 était l'arme suprême, la réponse finale de la nature à l'homme. Le vecteur disposait de semaines entières pour contaminer de nouvelles populations, avant de devenir une bombe vivante...
D'où venait le virus qui avait infecté Jane ? Quand elle avait appris la nouvelle, quelques mois plus tôt, à l'occasion du banal examen médical pratiqué chaque trimestre dans l'institution spécialisée où sa fille suivait une formation adaptée à ses capacités, Helen s'était bien sûr posé la question. Il s'agissait du premier cas connu à Boston. Jane avait participé à un camp, dans le Wyoming, durant l'été précédent, mais là-bas non plus, il n'y avait pas de risque particulier, et l'enquête médicale s'était avérée négative. Ni elle, ni sa fille n'avaient fréquenté de malades ou de lieux à risque. Mais les animaux, le singe, le chien, le chat, pouvaient aussi être porteurs du virus. Peut-être Jane avait-elle amplement inhalé quelques gouttelettes microscopiques de salive expectorées par un passant ?
Quelle importance cela avait-il, maintenant ? La maladie qui ravageait aujourd'hui l'Afrique et une partie de l'Amérique latine avait fait irruption dans sa vie, de la plus terrible des manières...
Au cours de sa déjà longue existence de femme — et, surtout, de femme seule — Helen avait appris à ne jamais compter sur les autres. Elle devait combattre, et vaincre la maladie. Il était bien sûr peu probable qu'elle puisse faire, en quelques mois, une découverte capitale, alors que des milliers de chercheurs travaillaient sur le sujet depuis plus d'une décennie... Il ne lui fallut que quelques heures de réflexion pour réaliser qu'elle n'avait qu'une arme en sa possession : la procédure Moravec.
Trois ans plus tôt, un Turing Award — cette sorte de prix Nobel des informaticiens — venait couronner, assez logiquement, cette réalisation prédite soixante ans auparavant par Alan Turing : le premier organisme artificiel intelligent. Ce n'était certes pas encore une entité susceptible de réussir le célèbre Test de Turing, mais ce n'était plus qu'une question de degré : Helen avait réussi l'analyse et la synthèse du système nerveux d'une planaire, ce minuscule ver aquatique, l'équivalent d'une centaine de neurones... Ce résultat, tout modeste qu'il était, représentait également la concrétisation d'un autre rêve, décrit trente ans plus tôt par Hans Moravec : l'analyse du fonctionnement des cellules nerveuses d'un être vivant au moyen de micro-manipulateurs équipés de capteurs nanoscopiques.
La nanotechnologie — l'autre spécialité d'Helen — permettait des manipulations à l'échelle même des cellules. Le principe du manipulateur Moravec était, en lui-même, fort simple : un bras, d'un mètre de long environ, se terminait par une articulation comprenant des micro-moteurs, et permettant d'actionner — et d'orienter — deux bras moitié plus courts, et de diamètre en rapport. Chacun de ces éléments se subdivisait à son tour, selon le même principe. Chaque prolongement était de plus en plus petit, le manipulateur se terminant par de fines tiges, de quelques microns de longueur, dotées de capteurs, les « doigts ». Les manipulateurs Moravec traditionnels disposaient de 256, 512 ou 1024 « doigts ». Les modèles de précision en comportaient jusqu'à 65536 — deux à la puissance seize --, et nécessitaient pour leur contrôle des ordinateurs relativement puissants.
Le modèle qu'avait conçu Helen était bien plus complexe. L'ordinateur, les ordinateurs, plutôt, étaient partie intégrante de l'appareil. Chaque articulation était intelligente, une puce dont elle avait conçu les spécifications, abritant une société d'agents, responsable du bon fonctionnement de chaque prolongement. Le robot était programmé par consignes, et les agents se répartissaient les tâches suivant des schémas génériques, qu'ils élaboraient et adaptaient en fonction du travail qui leur était confié. Sans les problèmes de miniaturisation, il aurait été possible de gérer un nombre quasi infini d'articulations. Dans son état actuel, le manipulateur comportait environ quatre milliards de doigts, composés de trente-deux segments dont les extrémités ne dépassaient pas quelques centaines d'atomes d'épaisseur. Détail remarquable, l'appareil avait assemblé lui-même les quatorze derniers segments de chaque doigt, travail qui n'avait nécessité que quelques dizaines d'heures.
Helen prit soudain conscience de vagues crissements feutrés derrière elle. Le bruit de milliers de tiges froissant l'air. Le manipulateur s'était mis en marche. Ainsi, elle avait déclenché le processus...
« Pardon, Jane, murmura-t-elle, pardon... »
L'écran transmettait les détails de l'opération. Il n'avait fallu que quelques secondes au robot, qui opérait avec une vitesse et une précision incroyables, pour détacher une partie de la calotte crânienne représentant environ trente centimètres carrés. On ne distinguait plus maintenant qu'une sorte de fourmillement métallique. Pendant des heures et des heures, les milliards de doigts, de la taille du nanomètre, allaient mesurer les caractéristiques chimiques et électriques de chacune des cellules de l'encéphale, explorant les synapses, suivant les gaines de myéline, dressant la carte des axones et de leurs connexions, engrangeant toutes ces données dans les mémoires gigantesques de la machine. Chaque neurone analysé serait ensuite détruit, et ses connexions remplacées fonctionnellement par certains doigts du manipulateur. Peu à peu, le programme de simulation des cellules qu'Helen avait conçu remplirait la fonction des cellules vivantes, couche après couche, jusqu'à ce que l'ensemble du cortex ait été entièrement simulé. Pendant les trente heures que durerait l'opération, le corps serait maintenu vivant artificiellement, l'ordinateur veillerait au bon fonctionnement du cœur et des organes vitaux, et le sang, régulièrement enrichi en glucose et en oxygène, continuerait à alimenter les cellules du cerveau...
Il y avait continuité. C'était l'idée à laquelle Helen s'accrochait. Progressivement, les processus biologiques faisaient place à des processus électroniques, qui en étaient la réplique parfaite. Mais Jane vivait. Et continuerait à vivre. Certes, le support physique de son activité intellectuelle allait complètement changer de nature. Bientôt son corps ne serait plus qu'une coquille vide, un assemblage biologique d'organes, privé de conscience, artificiellement maintenu en activité, qu'il faudrait débrancher... Mais le processus vital, l'esprit, l'âme, peu importait le terme, subsistait... Pour elle, pour tous, Jane devait être, serait encore la même personne...
Pensif, Vanden fixait l'écran éteint.
« Je ne vois toujours pas où vous voulez en venir, mais, je vous en prie, continuez...
— L'opération s'est déroulée sans anicroches. Helen a pu transporter le corps de sa fille à son domicile, et, grâce à la complicité d'un ami, docteur en médecine, a obtenu un certificat de décès en bonne et due forme. Jane a été incinérée deux jours plus tard, et la vie a repris son cours...
— Mais il y avait un hic... » Halbach intervenait pour la première fois dans la discussion. « Vous savez que, très grossièrement, il existe deux modes de conservation de l'état dans le cerveau...
— L'état ? Utilisez-vous ce mot avec le sens qu'il a... Disons quand on parle de l'état d'un programme — ou peut-être faut-il dire un processus — dans une machine ?
— Absolument. Un premier mode de conservation des informations est purement chimique. Il correspond, en gros, à la mémoire immédiate et à la mémoire à court terme. Certaines protéines, au sein des neurones, sont activées, ou désactivées, du fait de l'activité même de ces neurones. D'autres phénomènes chimiques interviennent, bien sûr. Il y a par exemple des créations d'hormones sur les parois des cellules, création dont on comprend encore mal la finalité, mais qui jouent probablement un rôle essentiel dans le mécanisme de mémorisation à court terme. Un aspect particulier de ce mécanisme est qu'il est local, en ce sens qu'il ne concerne qu'un neurone, ou, pour être plus précis, un sous-réseau neuronal constitué de quelques centaines de neurones. Un autre aspect de ce mécanisme est qu'il est synchrone, c'est-à-dire qu'il se déclenche lorsque l'information arrive, et ceci de manière indépendante du fonctionnement des milliards d'autres circuits similaires, qui constituent la partie active de notre cerveau.
Chaque neurone reçoit des messages de plusieurs milliers d'autres neurones voisins, par l'intermédiaire des synapses. Il faut, pour qu'un neurone devienne actif, que les messages proviennent d'un nombre suffisant de synapses, par exemple cinquante ou cent...Tout se passe comme si le neurone attendait un consensus, ou au moins une certaine « majorité » avant de se prononcer. Les protéines dont je vous parlais tout à l'heure vont, suivant leur état, inhiber, ou au contraire, renforcer, l'influence des synapses sur la commutation du neurone. La création de ces protéines, activées ou non, modifie donc la manière dont le neurone réagit aux impulsions qui lui arrivent. Son état évolue. Il apprend.
Malheureusement, ces protéines sont elles-mêmes instables, et sont dégradées par les phénomènes organiques qui se produisent dans la cellule. Disons que la protéine reste stable pendant un délai de trente-six à quarante-huit heures, puis ne remplit plus son rôle : le neurone oublie ce qu'il a appris...
C'est là qu'intervient le second mode de conservation des informations, qui correspond à la mémoire à long terme, et qui est, lui, beaucoup plus complexe. Ce mécanisme est asynchrone, entièrement contrôlé par le centre du sommeil. Les recherches réalisées depuis le début du siècle ont permis de percer en partie le mystère de ce centre du sommeil qui était, jusqu'alors, l'unique organe vital de l'homme dont on ne connaissait pas la fonction. Le sommeil sert à lutter, partiellement, contre l'entropie liée au fonctionnement éveillé du cerveau. Il permet aux neurones de reconstituer ces protéines, qui pourront, à nouveau, servir de marqueurs d'état. Le centre du sommeil synthétise une enzyme spécifique, qui, transmise par le sang à toutes les cellules du cerveau, va les faire passer dans un mode spécifique : celui de la mémorisation des informations. En particulier, les fameuses phases de sommeil paradoxal correspondent à un transfert des informations, qui va se traduire en pratique par une modification physique des synapses : certaines vont se développer, et donc acquérir plus d'importance dans les « décisions » du neurone, d'autres au contraire vont se résorber, et auront de moins en moins voix au chapitre... Tout se passe comme si ces fameux circuits se « recâblaient », afin d'être plus efficaces. En fait, la chose n'est pas aussi linéaire que je veux bien le dire, et l'on est loin d'avoir compris entièrement ce qui se passe. Il y a quantité de mécanismes de compensation qui interviennent, le fameux glia intercellulaire semble également avoir un rôle important, bref, le résultat final déjoue l'intuition... Une chose est certaine, c'est que si l'on inhibe le centre du sommeil, cette régénération des protéines n'intervient plus, et le neurone arrive, en quelques jours, à un état bloqué où il ne fonctionne plus du tout. Ceci concerne le système nerveux tout entier, et en particulier les parties qui commandent les opérations inconscientes, comme les battements du cœur...
Le hic dont je vous parlais, c'est que le mécanisme de mémorisation à long terme imaginé par le docteur Palmer ne fonctionnait pas. Ou en tout cas, il ne fonctionnait pas comme semble le faire le cerveau humain. Les transformations réalisées sur le modèle électronique étaient en apparence comparables à celles qui se produisent, physiologiquement, dans l'organisme humain, mais la simulation devenait entièrement non fonctionnelle et se bloquait en quelques secondes, entraînant la mort de la copie.
Je crois que je comprends. Et alors ?
Helen Palmer a travaillé pendant plusieurs semaines sur le problème. Comment imaginer une substitution à la mémorisation à long terme, dont on ne comprenait toujours pas le mécanisme, alors que la simulation organique, qui était la seule chose que l'on savait à peu près réaliser, ne fonctionnait pas ?
— Je suppose qu'elle a trouvé une solution...
— Oh, ce n'est pas si simple. Elle y serait probablement parvenue, si elle en avait eu le temps. Car c'est alors qu'Helen a découvert qu'elle avait été contaminée à son tour. Elle a travaillé aussi longtemps qu'elle en a été capable. Mais les épreuves qu'elle avait subies avaient largement entamé sa résistance. Lorsque les analyses medicales ont confirmé qu'elle vivait ses dernières semaines, elle a décidé de rejoindre sa fille, en se soumettant au même processus. Nous laissant, soit dit en passant, un cadavre sur les bras et un sacré problème à rég1er... Voilà où nous en sommes. Vous comprenez maintenant la nature et la signification de la scène que nous venons de voir ?
— Oui, je saisis, c'est donc une image d'un univers virtuel. C'est très regrettable pour le docteur Palmer et sa fille, mais je ne vois toujours pas en quoi j'interviens. Oh, est-ce que vous êtes en train de m'expliquer que vous voulez déposer un brevet, et commercialiser un programme d'intelligence artificielle, que vous désignerez du nom d'Helen Palmer ?
— Non, non, ce n'est pas ça du tout, intervint Langston.
— Mais si, Daniel, presque, surenchérit Holbach. Pour reprendre vos termes, continua-t-il en se tournant vers Vanden, nous voulons commercialiser la personne Helen Palmer. Nous voulons que cette représentation électronique soit reconnue comme la continuité de la personne physique... »
Vanden semblait devenir plus perplexe d'instant en instant.
« Laissez-moi résumer ce que je crois avoir compris. La personnalité du docteur Palmer a été enregistrée dans cette machine, et vous souhaitez que j'apporte la preuve en justice que cette machine est le docteur Palmer ? Très sincèrement, je crois que même le plus borné des juges du Kansas n'avalerait pas une telle couleuvre. Et pourtant j'en connais là-bas qui n'ont pas inventé l'eau tiède...
— Je sais que le concept est difficile à appréhender, intervint Langston. Prenons un exemple : quand un accidenté perd un bras, ou les jambes, on ne considère pas qu'il n'est plus que quatre-vingt-cinq ou soixante-dix pour cent de lui-même, même si une prothèse mécanique remplace une partie de son organisme. Il reste le même individu, bien qu'il n'ait plus toute son intégrité. J'imagine que l'on peut plaider l'idée qu'Helen n'a perdu que son support physique, et qu'elle reste la même personne... Considérez les choses sous cet angle : depuis trois ans, comme des centaines de milliers d'autres personnes de par le monde, elle doit sa survie à un appareillage électronique. Le sien est simplement un peu plus complexe que les autres.
— Hum... À mon sens, ce n'est pas si simple. Je ne vois pas dans ces arguments l'ombre d'une présomption. À la limite, si le cerveau était conservé, je ne sais pas, connecté à une machine... Et même. Un organe transplanté poursuit son existence biologique, mais personne ne songerait à l'assimiler au donneur. Or, votre personne électronique ne renferme même plus la moindre parcelle du corps physique qu'elle prétend avoir été. Comment apporter la preuve de son identité si la justice demande une analyse du génotype ? Sans parler du problème des actes de décès qui ont été établis... »
La discussion se poursuivit ainsi pendant près d'une demi-heure.
« Je suis quand même surpris, remarqua Vanden, que vous considériez tous ce programme comme un être pensant. Vous savez, il y a deux ans, j'ai remplacé deux secrétaires par une intelligence artificielle, et je peux vous assurer que je n'ai pas perdu au change, même si ça m'a coûté une petite fortune ! Et, pour la première fois depuis longtemps, j'avais l'impression d'être secondé par quelqu'un d'intelligent... Mais je ne vais pas la personnifier pour autant ! J'ai beau l'appeler Laura, ça reste pour moi un pur outil. Or je ne vois pas de différence de nature entre ma Laura et votre Helen ! »
Langston réalisait lentement, à la lueur des réponses et des objections de Vanden, que tous leurs arguments avaient bien peu de poids face aux lois et coutumes existantes...
« Modifier la notion de personne, pour inclure celle de personne électronique ? s'exclama enfin l'avocat, en levant les bras au ciel. Rien que ça ? Vous en avez de bonnes, vous ! Mais qui serait à l'origine d'une telle demande ? L'Institut ? Combien de sénateurs avez-vous dans votre poche ? Combien de grands électeurs vont-ils faire pression ? Et quelles sont les multinationales qui vont vous soutenir ? Non... Aucune chance ! »
Il s'était levé.
« Très sincèrement, je ne suis pas convaincu, et je ne vois pas qui pourrait l'être. Quant à trouver la moindre ficelle juridique à tirer... »
C'était une fin de non-recevoir, claire et nette. Halbach se leva à son tour, murmura une vague salutation, et quitta le bureau.
Il ne restait plus à Langston qu'à raccompagner son visiteur dans les dédales de couloirs de l'Institut.
« De toute façon, ne disiez-vous pas qu'il restait encore des problèmes non résolus ? demanda Vanden, plus par politesse que par réel intérêt.
— Oui, la durée de vie de la simulation est d'une journée, un peu plus...
— Mais pourtant, le docteur Palmer... Elle semblait se comporter...
— Oui... Nous la reboutons...
— Quoi ?
— Nous la reboutons. Nous lançons une nouvelle simulation de la copie toutes les trente heures environ. Il y a trois mois, l'équipe de recherche en nanotechnologie, qu'elle dirigeait autrefois, a décidé de lui allouer l'une des machines les plus rapides de l'Institut. Le temps biologique simulé s'écoule maintenant pour elle à quatre-vingt-dix pour cent environ du temps réel. Il est devenu possible de mener des conversations en direct avec elle, comme vous avez d'ailleurs pu le constater. Mais ceci ne change rien au laps de temps subjectif dont elle dispose à chaque fois. Vous savez, nous avons une équipe qui travaille d'arrache-pied, et nous espérons vraiment résoudre ce problème d'ici un an ou deux. Soit nous, soit elle, car pour peu qu'on lui fournisse une machine encore plus rapide, elle risque bien de nous coiffer sur le poteau...
— Et... Une fois, comment dire, entièrement opérationnelle, que compte-t-elle faire ?
— Oh, son avenir me semble tout tracé... De la recherche, encore de la recherche... Mais je pense qu'elle envisage d'abord d'attaquer le gouvernement américain en justice...
— Pourquoi ça ?
— Elle est décédée, il y a environ trois ans, sans héritier. Le gouvernement a donc pris possession de ses biens, et en particulier des revenus des brevets qu'elle avait déposés, en son nom propre ou en partenariat avec l'Institut, au cours des dernières années. Son seul manipulateur rapporte, depuis deux ans, une véritable fortune ! Et elle estime que cet argent lui appartient...
— Oui, naturellement... Pourquoi pas... C'est dans votre logique... »
Ils restèrent silencieux quelques instants.
« Et, chaque... comment dire, chaque matin, quand elle prend conscience, réalise-t-elle qu'elle n'est qu'une entité électronique, et que la journée qui va se dérouler sera la dernière de son existence ?
— Absolument. Elle en a décidé ainsi. Elle se bat pour sa vie, pour celle de son enfant. Elle prend connaissance de ses résultats antérieurs, de ses conclusions, se met au travail, et essaye de faire progresser, un tout petit peu, ses recherches... En étant consciente que chaque heure qui s'écoule la rapproche inéluctablement de la fin...
— Quel courage ! »
Daniel Langston opina distraitement, réalisant à retardement la portée de la remarque.
« Courage ? Pensez-vous vraiment que ce mot puisse appliquer à un programme ? »
Vanden resta interloqué pendant quatre bonnes secondes.
« Oui, j'ai parlé de courage, murmura-t-il. Pourquoi ai-je utilisé ce mot ? C'est intéressant. À quel moment ai-je changé de point de vue ? »
Il s'était arrêté au milieu du couloir, complètement absorbé dans ses pensées.
« Voyons ? Le docteur Palmer se bat pour son enfant. Une sorte de course contre la montre... Hum. Il y a une idée là-dedans. Il faudrait... Une campagne dans les médias. La tridi, les réseaux. Une indiscrétion savamment organisée dans les chaînes publiques, quelques reportages bien conçus dans une dizaine de chaînes privées. Comment présenter les choses... Au plus profond d'un laboratoire secret, une femme lutte pour sa fille. Ou encore, Sauvez Jane Palmer. Un machin dans ce genre. De grands titres, bien accrocheurs. Mettre l'opinion de notre côté. Oui, c'est jouable... »
Il se tourna vers Langston. Un large sourire éclairait son visage, et une sorte de lueur malicieuse brillait dans ses yeux.
« OK ! Je prends en main votre affaire ! C'est loin d'être gagné, mais je crois que les années à venir seront sacrément passionnantes... »
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